Risques climatiques en Europe : une étude de l’AEE alerte sur « l’impréparation » des autorités publiques et appelle à une action urgente des Etats en lien avec les autorités locales et régionales

Risques climatiques en Europe

L’Agence européenne pour l’Environnement (AEE) a publié le 11 mars dernier son premier rapport d’évaluation européenne des risques climatiques (European Climate Risk Assessment (EUCRA)). Elle y rappelle que l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement et les risques climatiques menacent sa sécurité énergétique et alimentaire, ses écosystèmes, ses infrastructures, ses ressources en eau, sa stabilité financière et la santé de ses habitants.

L’évaluation identifie 36 risques climatiques majeurs pour l’Europe dans cinq grands domaines : les écosystèmes, l’alimentation, la santé, l’infrastructure, l’économie et la finance. Plus de la moitié des risques climatiques majeurs recensés dans le rapport exigent une action intensifiée et immédiate et huit d’entre eux sont particulièrement urgents, principalement pour préserver les écosystèmes, protéger les personnes de la chaleur, protéger les personnes et les infrastructures des inondations et des incendies et garantir la viabilité des mécanismes de solidarité européens, tels que le Fonds de solidarité de l’UE.

D’après cette évaluation, les politiques et les mesures d’adaptation en Europe ne sont pas assez réactives face à l’accroissement rapide des risques. Dans de nombreux cas, une adaptation progressive ne sera pas suffisante et une action urgente pourrait s’avérer nécessaire, même pour des risques qui ne sont pas encore critiques.

La plupart des risques climatiques majeurs identifiés dans le rapport sont considérés comme «partagés» par l’UE, ses États membres ou d’autres niveaux gouvernementaux. Pour faire face aux risques climatiques en Europe et les réduire, l’évaluation de l’AEE souligne que l’UE et ses États membres doivent travailler ensemble et impliquer également les niveaux régionaux et locaux lorsqu’une action urgente et coordonnée est nécessaire.

La Commission européenne, concomitamment à cette évaluation, vient de publier une Communication sur la gestion des risques climatiques en Europe (COM(2024) 91 final).

La communication montre comment l'UE peut efficacement anticiper les risques et renforcer sa résilience face au changement climatique. Dans cet objectif, la Commission propose une série d'actions qu’elle souhaite mettre en œuvre en partenariat avec d'autres institutions de l'UE, les États membres, les autorités régionales et locales, les citoyens et les entreprises :

  • Améliorer la gouvernance : La Commission appelle à une coopération plus étroite entre les niveaux national, régional et local en matière de résilience au changement climatique afin de garantir que les connaissances et les ressources sont mises à disposition là où elles sont les plus efficaces. La Commission invite les États membres à veiller à ce que les entités qui supportent les risques au niveau national disposent des capacités et des ressources nécessaires pour gérer les risques climatiques. La communication note que les États membres ont pris les premières mesures pour inclure la résilience au changement climatique dans leurs plans nationaux en matière d'énergie et de climat (PNEC).
  • De meilleurs outils pour responsabiliser les gestionnaires de risques : Les décideurs politiques, les entreprises et les investisseurs doivent mieux comprendre les liens entre les risques climatiques, les investissements et les stratégies de financement à long terme. La Commission propose d’améliore les outils existants afin d'aider les collectivités régionales et locales à mieux se préparer grâce à des données solides. La Commission et l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) donneront ainsi accès à des données, produits, applications, indicateurs et services granulaires et localisés essentiels. Afin de contribuer aux situations d'urgence, le service d'alerte d'urgence Galileo (EWSS) sera mis à disposition en 2025 pour communiquer des informations d'alerte aux citoyens, aux entreprises et aux pouvoirs publics, même lorsque les systèmes d'alerte terrestre sont en panne.
  • Mettre à profit les politiques structurelles : les politiques structurelles des États membres peuvent être utilisées efficacement pour gérer les risques climatiques. Trois domaines d'action structurelle sont particulièrement prometteurs pour la gestion des risques climatiques dans tous les secteurs : une meilleure planification de l'espace dans les États membres, notamment locale et régionale ; intégrer les risques climatiques dans la planification et l' entretien des infrastructures critiques; lier les mécanismes de solidarité au niveau de l'UE, tels que le Mécanisme européen de protection civile, le Fonds de solidarité de l'UE et les investissements structurels relevant de la politique de cohésion, à des mesures nationales de résilience adéquates.
  • Conditions préalables adéquates pour le financement de la résilience au changement climatique : Il sera essentiel de mobiliser des fonds suffisants pour la résilience au changement climatique, tant publique que privée. Afin de garantir que les dépenses de l'UE sont résilientes au changement climatique, la Commission intégrera les considérations relatives à l'adaptation au changement climatique dans la mise en œuvre des programmes et activités de l'UE dans le cadre du principe consistant à «ne pas causer de préjudice important». Elle propose par ailleurs de prendre en compte cette question dans le cas d'une révision du cadre réglementaire pour les marchés publics. La Commission convoquera un groupe de réflexion temporaire sur la mobilisation du financement de la résilience climatique. Le groupe de réflexion réunira des acteurs industriels clés et des représentants d'institutions financières publiques et privées afin de réfléchir à la manière de faciliter le financement de la résilience au changement climatique.

Ces deux publications font également écho avec le récent rapport de la Cour des comptes consacré à l’action publique en faveur de l’adaptation au changement climatique qui rappelle la nécessité d’une action proactive, cohérente et qui mentionne notamment le mur d’investissement à venir dans ce domaine.

Pour aller plus loin :
Le Communiqué de la Commission européenne
Le rapport de l’Agence Européenne de l’Environnement

MARTORELL

Sabine
Cheffe de projet Pôle Territoires et Cohésion
Tel.: (33) 02.38.77.86.10
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